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- Numismatique Coloniale -

Les manilles de Grand-Bassam,

des monnaies à part entière ....


1- Les manilles de Grand-Bassam

Encore de nos jours, dans la région de Grand-Bassam en Côte d'Ivoire, lors de la mise en valeur d'un champ, il arrive souvent que le paysan retire de terre une poterie cassée contenant une certaine quantité de bracelets en alliage de cuivre appelés "manilles".

Pour les anciens, la découverte de ces trésors leur remémore la grandeur passée du comptoir de Grand-Bassam, principal comptoir de la Côte des Dents ou Côte d'Ivoire, situé sur l'océan atlantique à l'ouest du continent africain.

Fort Nemours à Grand-Bassam - d'après une gravure du XIXème siècle

 

Durant tout le XIXème siècle, les responsables des factoreries installées près du comptoir du Grand-Bassam ont utilisé les manilles comme monnaie d'échange avec les indigènes.

 

Une maison de Grand-Bassam au début du XXème siècle

Les manilles ont été introduites en Afrique pour faciliter les relations commerciales avec les colonies britanniques proches du Golfe de Guinée. Au XIXème siècle, elles servaient  encore à acheter l'huile de palme nécessaire à l'industrie chimique en Europe. Grand-Bassam fut l'un des rares comptoirs Français à les utiliser. Il existe d'autres types de manilles, différentes dans leurs dimensions et leurs formes, mais celles décrites ici sont propres à Grand-Bassam.

Quelques manilles du Grand-Bassam

E.ZAY dans son livre "Histoire Monétaire des Colonies Françaises"

a répertorié et décrit ces monnaies en 1892 :

HISTOIRE MONETAIRE DES COLONIES FRANÇAISES

par E. ZAY  membre de la Société Numismatique

Paris - 1892

Le genre de monnaie appelé manille, est employé dans toute la lagune de Grand-Bassam et dans celle de Lahou. Dans cette dernière, où il y a peu d’or, c’est la seule monnaie d’échange. Tout à côté, dans le royaume d’Assinie, elle n’a pas cours. La manille est de fabrication française ou anglaise. Cette dernière est plus soignée et par suite préférée par les indigènes; son prix de revient est d’ailleurs plus faible qu’en France. Birmingham livre actuellement la manille à 62 livres la tonne. A Grand-Bassam, jusqu’en 1885, elle valait 0 fr. 20 c., prix actuel.

En saison morte, c’est à dire pendant six mois de l’année, les indigènes viennent échanger les manilles contre des produits européens. Pendant les six autres mois, époque de la récolte, ils vendent leurs huiles en échange des manilles. En conséquence, les trafiquants doivent se procurer chaque année plusieurs centaines de mille de manilles qu’ils écoulent en quelques mois.

Les indigènes ont en manilles des fortunes relatives. Elles servent dans leurs cases pour les besoins courants, mais dès qu’elles augmentent en nombre, la terre, le coffre-fort du noir, les reçoit en dépôt. Souvent il meurt sans que personne sache où il a enfoui tout ou partie de sa fortune. La manille disparaît ainsi, et il faut de temps en temps en faire venir d’Europe pour alimenter le trafic.

Composition de la manille :

Cuivre  .............  66.48

Plomb ..............  26.97

Etain  ................    2.04

Antimoine  ......    4.36

Fer ....................    0.15

______

100.00

Largeur 80 m/m                  Hauteur 65 m/m        Epaisseur 10 m/m

Poids 140 à 150 gr

On appelle manilles, les fers circulaires qu’on mettait aux poignets et aux chevilles des esclaves et dont on joignait les bouts par un coup de marteau.

C’est l’origine de ce genre de monnaie, en usage depuis plus d’un siècle. On la livre attachée en paquets de 20 pièces.

(D’après une communication de M.A. Verdier, armateur à La Rochelle)

2- Le retrait de la circulation des manilles du Grand-Bassam

Ce n'est seulement qu'en 1914 que le Lieutenant-Gouverneur de la Côte d'Ivoire par son arrêté du 5 octobre a mis fin à la circulation des manilles (1), comme le rappelle l'arrêté du 27 mars 1915 relatif à l'arrêt définitif de la fabrication et de la circulation de toute monnaie métallique indigène.

 

Le lieutenant-Gouverneur de la Côte d'Ivoire,

Vu le décret du 27 mars 1907 rendant applicable en Afrique Occidentale Française, la loi du 11 juillet 1903, relative aux unités fondamentales du système métrique et le décret du 28 juillet 1903, fixant le tableau des mesures légales ; ensemble la circulaire ministérielle du 3 juin 1909, relative à l'application du système métrique ;

Vu le décret du 6 mars 1877, rendant le Code pénal métropolitain applicable au Sénégal et Dépendances et notamment l'article 479 du dit code ;

Vu le décret du 16 août 1912, réorganisant la Justice indigène en Afrique Occidentale Française et notamment l'article 19 du dit texte ;

Considérant qu'il y a lieu d'étendre à toutes les monnaies métalliques indigènes la prohibition édictée par l'arrêté du 5 octobre 1914, interdisant la circulation des manilles, qu'en effet seules les monnaies légales doivent avoir cours dans la Colonie ;

Considérant que si l'Administration locale avait dû jusqu'alors tolérer la circulation des manilles, c'est qu'elle s'y était vue obligée par la rareté du numéraire ; que la diffusion de la monnaie divisionnaire et de la monnaie de billon dans tous les Cercles ayant motivée l'interdiction de la circulation des manilles, doit également avoir pour conséquence, l'interdiction de toutes monnaies métalliques indigènes, aussi lourdes aussi encombrantes et d'une valeur aussi arbitraire que les manilles ;

Vu l'avis émis par la Chambre de Commerce dans sa séance du 6 juillet 1913 ;

Le Conseil d'Administration entendu ;

ARRETE :

ARTICLE PREMIER : A compter du 1er Mai 1915, la fabrication et la circulation des sombés (2) et de toutes autres monnaies métalliques indigènes sont interdites dans la Colonie.

ARTICLE 2 : Toute monnaie indigène visée à l'article premier trouvée en circulation après la date susvisée sera confisquée sans préjudice des poursuite à exercer :

1° en ce qui concerne les Européens et assimilés, en vertu de l'article 479 du Code pénal,

2° en ce qui concerne les indigènes, en vertu de l'article 19 du décret du 16 août 1912 (poursuite devant les tribunaux de Cercle)

ARTICLE 3 : Le présent arrêté sera enregistré et communiqué partout où besoin.

Bingerville, le 27 Mars 1915

(1) - En comparaison, pour la colonie anglaise du Nigéria, les manilles eurent cours jusqu'en 1948, date à laquelle elles furent retirées de la circulation.

(2) -SOMBE : monnaie traditionnelle du pays Gouro en Côte d'Ivoire, c'est une plaque de fer plat, roulée en forme de gouttière en son milieu et avec ses extrémités aplaties, elle fut utilisée comme valeur d'échange par les indigènes de cette région.

La longueur d'un SOMBE est d'environ 24 cm

3- Conclusion

Il ne fait aucun doute que les manilles de Grand-Bassam ont droit à une place entière dans une collection des monnaies des Colonies Françaises.

Les puristes pourront rétorquer en argumentant sur le simple rôle de monnaie d'échange. Ce rôle primitif me paraît largement dépassé par le simple fait que ces manilles ont servi aussi à suppléer à la rareté du numéraire au début du siècle, ce qui est explicitement indiqué dans l'arrêté précédent.

copyright - JLB - COLLECTIONNEUR 


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Exceptionnelle monnaie coloniale du Grand-Bassam

Epoque : fin 18 ème siècle

Bronze - 150 gr environ..........belle patine............ TTB   29

voir la liste des monnaies des Colonies Françaises et des ex-colonies (AFRIQUE)


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